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Recrutés locaux en FLE
jeudi 20 mars 2008, a 13:54
Egypte: piquet de grève sous le drapeau français
 

Monsieur T. est Egyptien. Il a 35 ans. Il s'est marié à Madame T. en septembre dernier et tous deux attendent un petit T. pour la fin de l'été. Ils viennent de contracter un prêt pour s'acheter une maison dans une lointaine banlieue du Caire. Monsieur T. est informaticien et était recruté local de l'Ambassade de France depuis neuf ans. Monsieur T. gagnait 3000 livres égyptiennes, 350 euros par mois. Il y a trois semaines, il a reçu une lettre de convocation de la part de la direction pour parler "de son avenir professionnel". Un entretien au cours duquel on lui a laissé le choix. Démission avec indemnités ou licenciement. Un dilemme, couteau sous la gorge, puisque Monsieur T. disposait de 24 heures pour faire connaître sa décision. Monsieur T. est aujourd'hui licencié.

Monsieur T. n'est pas le seul dans cette situation. Ils sont dix à avoir été remerciés. Quatre autres ont choisi la démission. Tous travaillaient pour le Centre français de culture et de coopération du Caire (CFCC), le bras culturel de l'Ambassade, un espace dédié au dialogue entre les cultures. Aucun n'a souhaité divulguer son identité.

Manque de transparence

A l'origine de ces licenciements, la direction du CFCC invoque une restriction budgétaire de 11% et la volonté d'injecter plus de moyens dans la coopération universitaire. L'argument est loin de convaincre la CFDT-MAE. Le seul acteur syndical au sein des établissements culturels d'Egypte y voit plutôt un zèle de la direction poussé à son paroxysme, devançant ainsi les demandes du ministère des Affaires étrangères en matière d'économie. "Paris s'est engagé à ne pas prononcer de licenciements en 2008. La direction du CFCC a donc pris une initiative unilatérale et qui n'a rien à voir avec la réalité", affirme un délégué syndical.

Madame F. est conseillère pédagogique pour le CFCC depuis dix-sept ans. Cette Franco-égyptienne a refusé tout net de démissionner et elle s'interroge encore sur le pourquoi de ce dégraissage: "Les salaires des contrats locaux atteignent à peine la moitié du Smic. Une restructuration? Moi je rigole doucement." Et il y a effectivement de quoi rire quand on sait qu'un attaché de coopération en Egypte gagne 6000 euros par mois et que le licenciement de quatorze employés locaux ne permet même pas d'économiser l'intégralité de son salaire.

La confection de la liste des préposés au départ soulève elle aussi des questions. Pourquoi un tel plutôt qu'un autre? Personne ne semble détenir la clé de cette sélection qui paraît alors arbitraire. Les chefs des différents services assurent, quant à eux, ne pas avoir été consultés. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, n'a pas donné de suite favorable à la lettre de la CFDT.

Il y a également le comment qui laisse employés et syndicats perplexes, voire abasourdis. En plus de dénoncer l'absence d'un plan social cohérent, les délégués syndicaux pointent du doigt la brutalité de la méthode. Après avoir refusé la démission, Monsieur T. a été mis en "congé d'office". Il s'est vu interdire l'accès à son bureau et a dû rassembler en quelques minutes ses affaires dans un sac-poubelle, avant que la sécurité n'intervienne. Des tentatives d'intimidations ont également eu cours pour dissuader certains employés locaux de faire grève.

La francophonie est morte, vive la francophonie!

Les trois jours de grève auront été vains. Malgré une belle participation des recrutés locaux, -169 sur 220 employés travaillant pour les institutions françaises (ambassade, consulat…)- la direction du CFCC n'est pas revenue sur sa décision.

Madame S. a 58 ans. Elle est à deux ans de la retraite et pourtant ses quinze ans de maison ne l'auront pas sauvée. Elle ne comprend toujours pas l'attitude de sa direction, qu'elle juge insultante. "Moi je m'attends à des remerciements de la France, et non pas à ce traitement. Dans ma famille, nous sommes francophones et francophiles depuis des générations. C'est par amour de la France que je travaille ici", lâche-t-elle, le visage empourpré. "Ces licenciements sont un geste d'ingratitude vis-à-vis de ceux qui font vivre la culture et la langue françaises en Egypte", ajoute une déléguée syndicale à ses côtés.

Mauvaise blague du calendrier, le mois de mars célèbre la francophonie. Comment croire alors à la sincérité de la direction du CFCC, quand elle cite en première page de son programme mensuel les propos d'Adbou Diouf, le secrétaire général de la francophonie: "Militer en faveur de la diversité culturelle, c'est faire le choix des relations entre les peuples fondées sur l'ouverture, le respect et la tolérance, sur la reconnaissance de l'autre dans sa différence mais aussi dans sa ressemblance"?

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Commentaires
#1
Monelle écrit le jeudi 20 mars 2008, A 14:07
J’ai enseigné à l’étranger pendant quelques années avant de jeter l’éponge : la misère de tous ces « soldats » de la francophonie, je la connais bien pour l’avoir côtoyée. Moi j’avais de la chance : en tant que française et titulaire d’une maîtrise, j’étais payée environ 600 euros par mois pour 25h. Plus tard j’ai fait mieux : je suis devenue VI et pour 1500 euros/mois,une fortune ! j’en ai pleuré en lisant ma première feuille de paie, je me suis retrouvée en plein cœur d’une ambassade à faire le travail d’un coopérant (qui gagne effectivement autour de 5000/6000 euros par mois). Un an plus tard, mon poste a été supprimé pour « restriction budgétaire ».
Ce que je retiens de ces années, ce qui me met la haine quand je lis les témoignages de ces pauvres gens, c’est le mépris. Mépris pour les sous-payés qui font pourtant tourner la machine (et qui ont un véritable amour pour la langue et la culture françaises), arrogance de colons (toujours très vivace parmi le personnel d’ambassade et les « expats » en général..).
Je suis rentrée en France parce qu’à l’étranger je ne pouvais pas exercer dignement mon métier, et parce qu’à l’étranger j’avais honte d’être française, comme « eux »
#2
Panzon écrit le jeudi 20 mars 2008, A 14:12
Comme vous, je suis choquée par ces manières d'agir. D'autant plus que je compte plusieurs amis parmi ces Egyptiens car j'ai moi même travaillé au CFCC il y a deux ans. Dans l'absolu, les salaires des employés égyptiens sont plutôt bons (3000 dans l'exemple cité dans l'article) contre un salaire moyen de 400 livres pour l'ensemble de la société égyptienne. Ce qui me choque n'est pas tant le salaire de l'ambassadeur que les différences de rémunération à postes à peu près équivalents (de l'ordre de 5 fois plus dans mon cas). Mais il me semble logique de payer plus un Français qui s'expatrie et doit tout payer au prix fort qu'un Egyptien intégré dans une société avec des solidarités familiales et des "avantages" par rapport aux étrangers. A simple titre d'exemple, les étrangers paient les loyers beaucoup plus cher en raison, entre autres, de la loi Nasser qui protège certains égyptiens contre les augmentations. Ils paient aussi plus cher le concierge, l'éboueur etc. Et se font rouler dans la farine à longueur de journée. Mais c'est le jeu :-))!! Par ailleurs, la politique d'économie de l'ambassade ne date pas d'hier. Depuis au moins cinq ans, ils mènent une politique de restriction budgétaire qui ne s'est pas tout de suite traduite par des licenciements abusifs. Reste que je suis écoeurée pour ces employés qui sont effectivement très attachés à la France et plein de qualités humaines et professionnelles.
#3
Sialatn écrit le jeudi 20 mars 2008, A 14:22
L'image de cette France dure par ailleurs largement médiatisée dans cette affaire ne correspond probablement pas à l'image que la majorité des français veulent donner de leur pays à l'étranger.
Le mérite de ces agents de l'Etat licencieurs sera récompensé par leur ministère de tutelle mais leurs consiences seront-elles en paix? Et quand ce sera leur tour!! Car oui l'Etat veut modifier le statut des fonctionnaires n'auront-il aucun regret!!! Ca n'arrive pas qu'aux autres!!!! Et c'est pour bientôt! Ils ont perdu l'occasion de s'unir avec des RL qui auraient pu les aider car ils sont en nombre plus important et en cas de grève c'est significatif!
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